Boknal : Le Samgyetang, une Légende Plus Récente Qu'il n'y Paraît

July 19, 2025
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Plongez dans l'histoire méconnue du Boknal ! Découvrez comment le Samgyetang est devenu l'incontournable de l'été coréen, bien après l'époque Joseon. Mythes, traditions et saveurs révélées.

Le Boknal, plus qu'une date sur le calendrier

Chaque année, à l'approche des jours les plus chauds de l'été coréen, une anticipation palpable monte à travers le pays. C'est le Boknal, cette période cruciale divisée en trois "Jours de la Chaleur" (Chobok, Jungbok, Malbok), où une tradition culinaire semble indissociable : le Samgyetang. Des publications sur les réseaux sociaux aux menus spéciaux dans les restaurants, ce plat de poulet au ginseng est devenu si omniprésent qu'il est presque impensable d'envisager le Boknal sans lui. On le perçoit comme un rituel ancestral, une coutume transmise de génération en génération depuis des siècles. Pourtant, cette image est étonnamment trompeuse. Une simple incursion dans les archives historiques de la période Joseon révèle une vérité surprenante : le Samgyetang, tel que nous le connaissons, y est quasiment absent. Cette "formule" Samgyetang pour le Boknal est loin d'être une tradition millénaire, remettant en question nos idées reçues et invitant à explorer les véritables origines de cette fête estivale et l'ascension fulgurante d'un plat devenu icône nationale.

Les Profondes Racines du Boknal : Entre Rites Anciens et Philosophie du Yang

Si le Samgyetang ne fut pas le compagnon historique du Boknal, quelles étaient donc les pratiques et les mets de nos ancêtres pour affronter la canicule ? L'origine du Boknal, désignant les trois "Jours de la Chaleur" (Chobok, Jungbok, Malbok), remonte aux rites sacrificiels du "Sambok" de la dynastie Qin en Chine, une tradition qui a migré en Corée pour y devenir une culture de l'alimentation saine estivale. Le caractère "Bok" (伏) signifie littéralement "s'agenouiller" ou "se prosterner", symbolisant la période où l'énergie Yin (froide) est écrasée et dominée par l'écrasante énergie Yang (chaude) de l'été. La philosophie du Yin et du Yang, pilier de la pensée orientale, dicte alors la nécessité de consommer des aliments riches en Yang pour maintenir l'équilibre corporel face à la chaleur extérieure qui affaiblit l'intérieur du corps. Les textes de l'époque Joseon, comme le Dongguk Sesigi (1849) et le Yeollyang Sesigi (1819), décrivent une tout autre palette de plats pour ces jours : bouillie de haricots rouges (patjuk), soupe de viande de chien (gaejangguk ou yangtang), poisson croaker (min-eo), ou encore des salades de cresson (minari naengchae). L'accent était mis sur les "aliments rouges" épicés ou la viande de chien et les haricots rouges, réputés pour chasser les mauvais esprits. Le Samgyetang, lui, restait dans l'ombre, illustrant à quel point la tradition culinaire du Boknal était variée et ancrée dans des croyances bien distinctes de celles que nous connaissons aujourd'hui.

L'Ascension Fulgurante du Samgyetang : Une Star de l'Après-Guerre

Alors, comment ce plat relativement inconnu à l'époque Joseon a-t-il pu s'imposer comme le symbole incontournable du Boknal ? L'histoire du Samgyetang est en réalité une saga du 20e siècle, une ascension fulgurante qui a pris racine dans l'après-guerre. C'est dans les années 1950 et 1960 que l'ancêtre du Samgyetang, l'Insam-tang – une soupe de poulet avec du ginseng et du riz gluant – a commencé à apparaître discrètement dans quelques restaurants hanjeongsik haut de gamme. Ce n'est qu'au cours des années 1970 que le terme "Samgyetang" lui-même fut commercialisé, marquant le début de sa popularisation. La véritable consécration est survenue dans les années 1980 et 1990, grâce à des campagnes de marketing ciblées autour du Boknal qui l'ont fermement ancré dans l'imaginaire collectif comme le "plat national de revitalisation". Mais pourquoi le poulet, et pourquoi le ginseng ? Le choix n'est pas anodin : le poulet est considéré comme un "oiseau Yang" (Yangjo), un animal riche en énergie Yang. De plus, la croyance populaire veut que le chant du coq éloigne les mauvais esprits, lui conférant une fonction apotropaïque. Le ginseng, quant à lui, est une herbe médicinale emblématique, réputée pour stimuler l'énergie Yang. L'association de ces deux ingrédients, tous deux à forte "énergie chaude", créait un plat parfaitement optimisé pour le Boknal selon les principes du Yin et du Yang, offrant une synergie idéale pour combattre la chaleur estivale et restaurer la vitalité. Cette combinaison puissante, habilement promue, a transformé une spécialité régionale en un phénomène national.

Boknal Aujourd'hui : Entre Coût Croissant et Nouvelles Traditions Culinaires

L'ère contemporaine du Boknal, tout en célébrant le Samgyetang, est également marquée par des dynamiques économiques et des évolutions de mode de vie. Le Samgyetang, autrefois un plat accessible, est devenu une denrée de plus en plus onéreuse. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : un bol de Samgyetang à Séoul, qui coûtait environ 13 467 wons en 2014, a vu son prix grimper à 17 423 wons en 2025, approchant la barre symbolique des 20 000 wons et suscitant des discussions sur sa "valeur abordable". Cette flambée des prix, exacerbée par les coûts de la volaille et de l'énergie, pousse de nombreux Coréens à chercher des alternatives plus économiques, notamment sous forme de plats préparés (HMR) pour la consommation à domicile. Parallèlement, le paysage des "boyangsik" (aliments de revitalisation) du Boknal s'est considérablement diversifié. Si le Samgyetang conserve sa couronne, on voit désormais une multitude de plats prendre leur place sur les tables estivales : anguille grillée (jang-eogui), bouillie d'ormeau (jeonbokjuk), soupe de loches (chueotang), ou encore des pieds de porc froids (naengchae jokbal). Les jeunes générations, notamment la "génération MZ", apportent leur propre touche, explorant des options comme les plats végétariens de revitalisation ou les boissons protéinées. Cette diversification montre une adaptation des traditions aux goûts personnels et aux contraintes budgétaires, tout en cherchant toujours à honorer l'esprit de renforcement du corps face à la chaleur. Cependant, il est crucial de rappeler que la véritable essence du boyangsik réside dans sa capacité à réchauffer le corps de l'intérieur, selon la médecine traditionnelle. Ajouter des fruits de mer, par nature "froids", à un Samgyetang, par exemple, pourrait paradoxalement diminuer son effet "Yang" recherché.

L'Esprit Intemporel du Boknal : S'adapter et Se Ressourcer

Au-delà des plats spécifiques et de leur évolution historique, l'essence du Boknal demeure une constante puissante dans la culture coréenne. Cette période n'est pas simplement une série de dates sur le calendrier, mais un rappel annuel de l'importance de prendre soin de soi face aux rigueurs de l'été. La tradition, loin d'être figée, a toujours su s'adapter, passant des rituels anciens et des plats chassant les esprits aux "boyangsik" modernes, avec le Samgyetang en figure de proue. L'objectif fondamental reste le même : restaurer l'énergie vitale, souvent mise à mal par la chaleur accablante qui nous fait transpirer et affaiblit nos organes internes. Le principe de "l'iyeolchiyeol" (combattre le chaud par le chaud) est au cœur de cette démarche : consommer des aliments chauds et riches en énergie Yang pour rééquilibrer le corps et stimuler le métabolisme. Le Samgyetang, avec son poulet, son ginseng, ses dattes, son gingembre et son riz gluant, incarne parfaitement cette philosophie par ses ingrédients "chauds". Pourtant, cette sagesse ancestrale s'accompagne d'une nuance essentielle : un boyangsik n'est pas universel. Ceux dont la constitution est naturellement "chaude" pourraient paradoxalement en pâtir. Le Boknal nous invite donc non pas à une consommation aveugle, mais à une écoute attentive de notre corps, pour choisir le meilleur moyen de nous ressourcer et de traverser l'été avec force et vitalité, honorant ainsi un héritage qui, malgré les changements de forme, n'a jamais perdu son sens profond.

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